| Le caftan bien vivant ! |
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Le caftan bien vivant !
Mohamed Saïri occupe le poste de directeur de la préservation du patrimoine,
de l’innovation et de la promotion au Département de l’artisanat
et de l’économie sociale du ministère du Tourisme. Rencontre
à bâtons rompus avec un amoureux du caftan désigné
membre du jury de la Semaine de la mode.
karim serraj
FDM : A quoi est dû ce regain de vitalité et d’intérêt
que connaît le caftan marocain depuis quelques années ?
Mohamed Saïri : La confection du caftan s’est mieux défendue
que les autres secteurs de l’artisanat traditionnel durant ces trois ou
quatre dernières décennies. Le caftan est resté vivant, contrairement
aux autres pans de l’artisanat qui ne se sont pas adaptés au goût
du consommateur. Il y a eu, au Maroc, des couturières qui ont toujours
su innover et adapter le caftan aux différentes époques. D’un
autre côté, les femmes sont restées fidèles à
ce vêtement traditionnel. Remarquez que dans les jeunes foyers marocains,
vous trouverez peu d’objets artisanaux, mais il y aura certainement la théière
et le caftan féminin ! La théière parce que c’est dans
nos habitudes de boire du thé et le caftan parce que la femme n’a
jamais dénigré ce vêtement. Elle a toujours voulu avoir ses
lebsat alors que la djellaba masculine se fait de plus en plus rare dans les penderies
des hommes…
Diriez-vous que le caftan marocain s’achemine progressivement
vers la Haute-Couture… ?
Heureusement qu’il y a eu, depuis neuf ans, l’événement
phare “Caftan”. Il faut rendre hommage à cette rencontre
qui a tiré l’artisanat du caftan marocain par le haut et a permis
de le faire connaître partout dans le monde. Le caftan marocain conquiert
sa place lentement mais sûrement dans la Haute-Couture internationale.
Quand je passe en revue les différentes éditions, je me rends
compte des compétences réelles dénichées, je dirais
même des graines de génie qui ont transmué le vêtement
traditionnel en un support artistique, lieu de toutes les rencontres et des
échanges les plus audacieux. Il fallait faire un saut qualificatif en
dehors de toute considération commerciale pour donner plus de choix aux
créatifs et leur permettre de remodeler à leur guise le caftan.
Il fallait ouvrir des portes dans l’esthétique du caftan et sonder
les possibilités d’assemblage des tendances, des matériaux,
des coupes et des couleurs.
On voit de plus en plus de stylistes hommes se consacrer à la
conception des caftans. Est-ce un autre signe que le caftan est en train de
gagner des galons ?
La confection du caftan est en train de se masculiniser en dehors
de tout complexe et arrières-pensées… L’art qui entoure
désormais la conception du caftan relève de l’esthétique
la plus pure. Le vêtement traditionnel n’est plus seulement fonctionnel
et les hommes se sentent attirés par l’aspect créatif, ludique
et hautement symbolique du caftan féminin. Et c’est tant mieux
! Cela veut dire que le caftan est devenu un espace d’innovation et de
création, ce qui est prometteur pour les années à venir.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’artisanat marocain
?
L’artisanat, c’est deux millions trois cent mille personnes
qui travaillent et plusieurs millions de personnes si l’on compte les
familles… Le tourisme étranger ne représente que 10% de
la vente globale de l’artisanat alors que la vente locale représente
90%. L’artisanat national, tous secteurs confondus, se porte mal, mais
cela ne veut pas dire qu’il se porte plus mal qu’il y a quelques
années… Des signes sont là pour présager d’un
cap important que l’artisanat est sur le point de franchir. Nous avons
aujourd’hui, au Maroc, des entreprises artisanales qui sont dirigées
par des Ponts et chaussée ou par des docteurs en chimie par exemple et
l’on peut affirmer avec certitude que nous entrons dans une nouvelle phase
de production artisanale au Maroc. Mais on a cru longtemps qu’une politique
sociale allait pérenniser l’artisanat, mais cela a développé
l’esprit d’assistanat. C’est ce cap-là qu’on
voudrait dépasser aujourd’hui. Il y a actuellement une réflexion
qui est menée de front pour une nouvelle vision de l’activité
artisanale au Maroc. Le projet verra le jour dans quelques semaines. Il essaie
de faire cadrer l’artisanat avec les exigences actuelles pour mieux contrôler
l’artisanat et favoriser la création. Il faut miser sur les gagnants.
Il s’agit de déceler les meilleures compétences et de les
aider à mettre sur pied leurs projets.
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publiée le 01/06/2005
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