Bien plus qu’une simple épreuve sportive, Ironman (“l’Homme de Fer”) apparait
bel et bien comme un défi de haute envergure poussant les sportifs à bout de
leurs limites physiques, voire psychologiques. Ce triathlon longue distance combinant
natation (3,8 km), cyclisme (180 km) et course à pied (42,2 km) aura lieu le
13 juillet prochain dans la petite ville autrichienne de Klagenfurt. Pour l’occasion,
Femmes du Maroc s’est glissé dans la peau de sportifs chevronnés qui ont osé
se lancer dans l’aventure avec bravoure, excitation et surtout passion.
leurs limites physiques, voire psychologiques. Ce triathlon longue distance combinant... Kenza Cheddadi
Les coulisses d’un défi hors
norme Dimanche 2 mars, la Corniche de Casablanca. Il est 8h du matin, la ville somnole
toujours. Malgré un brouillard obstiné, ils sont là : motivés, en pleine forme
et bel et bien décidés donner le meilleur d’eux-mêmes. Au programme de cette
matinée : près de 4h de randonnée à vélo suivie d’une heure de course à pied.
Une journée éreintante en perspective… Mais le jeu en vaut la chandelle car ces
jeunes sportifs, pour la plupart amateurs, se préparent à vivre, d’ici quelques
mois, une épreuve mythique : l’Ironman d’Autriche. Autour d’eux, c’est l’incompréhension
totale, les gens réagissent avec de grands yeux écarquillés : “Un quoi ??? Ça
existe, ça ? Dans la même journée ? Sans s’arrêter ? Mais c’est une pure folie
!”. Non, pas folie, mais plutôt une quête de dépassement de soi dans un domaine
spécifique : le sport. Une épreuve d’endurance dont la durée varie du record
de 7 heures et 50 minutes à la durée limite de course fixée à 17h. Commençant
avec 3,8 km de natation, les athlètes prennent ensuite leur vélo pour 180 km
de route et terminent par un marathon (42,2 km) à l’issue duquel ils franchissent,
victorieux, la finishline. Un défi pour le moins éprouvant qui requiert une préparation
de longue haleine, aussi bien physique que psychologique. L’entraînement physique
démarre 3 à 6 mois avant le jour J, à raison de 12 à 20h par semaine de séances
de vélo, natation et course à pied. A cela s’ajoute une hygiène de vie plutôt
stricte : un régime alimentaire spécifique (essentiellement composé de protéines
et de sucres lents), beaucoup d’heures de sommeil, zéro élément nocif pour la
santé (le tabac et l’alcool étant formellement bannis)… Quant à l’aspect mental,
trop souvent négligé, c’est une préparation à long terme où l’athlète doit visualiser
sa course, mais aussi anticiper tout ce qui pourrait mal se passer (crevaison,
problèmes gastriques, mauvaises conditions météorologiques,…). Combien de courses
se sont-elles terminées à cause d’un détail que les athlètes étaient censés surmonter
facilement ? Les participants marocains à l’Ironman d’Autriche semblent avoir
pris conscience des exigences que requiert un tel challenge. A quelques mois
de l’événement, ils s’efforcent de suivre avec rigueur leur programme d’entraînement,
tout en jonglant entre leur vie professionnelle et leur vie familiale. Pas toujours
évident mais c’est le prix à payer pour prétendre accéder au fabuleux “titre
d’Homme de Fer” ! Plongée au cœur d’un drôle de microcosme impressionnant…
FDM : Comment avez-vous découvert Ironman ? Monica Fernandez-Robelin : J’ai commencé ma carrière de sportive à l’âge de
22 ans, période où je décide d’arrêter la cigarette (je fumais alors deux
paquets par jour). Je me suis donc mise à la natation et peu à peu, j’ai
pris goût au sport et aux sensations fortes. J’ai ensuite décidé de me tourner
vers le triathlon que j’ai d’abord pratiqué au Guatemala, puis au Colorado
où j’ai vécu près de 4 ans. Je m’entraînais alors aux côtés d’une légende
vivante : David Scott, 6 fois champion du monde de l’Ironman d’Hawaii. C’est
en 2002 que je décide de m’installer à Casablanca auprès de mon époux Richard,
que j’ai rencontré la même année lors du Marathon des Sables. J’ai alors
mis entre parenthèses ma carrière de sportive pendant 5 ans afin de fonder
une famille. Je me suis remise à la compétition en décembre 2007, date à
laquelle j’ai participé à l’Ironman d’Australie en tant que maman. Etant
désormais installée à Casablanca, l’entraînement a été un peu délicat car
on a du mal à trouver des endroits calmes pour s’exercer : la circulation
est insupportable et faire du vélo est parfois dangereux… J’ai donc été contrainte
de sortir de la ville. Pour la natation, je me suis entraînée dans une piscine
de 25 mètres, au Cafc (Cercle Amical Français de Casablanca), sans moniteur
pour me corriger et me stimuler. Pour la course, en revanche, pas de problème,
je courais un peu partout. J’ai finalement trouvé des routes et des endroits
agréables, loin de la circulation et principalement au bord de la mer.
Est-ce votre première participation à une épreuve sportive de ce genre ? Non, j’ai participé à 6 Ironman et j’ai été deux fois Championne du Monde de
Ultraman (à Hawaii en 2000 et 2001), une compétition de 10 km de natation,
420 km de vélo et 84 km de course à pied. Le 2 décembre 2007, j’ai participé
à l’Ironman d’Australie qui se déroulait à Busselton. Cela faisait déjà plusieurs
années que je m’étais retirée de la compétition. J’ai réussi à y réaliser
mon record personnel : 10h et 32 minutes. Concernant l’entraînement pour
cet Ironman, je me suis efforcée de le démarrer 3 mois avant la date fatidique.
J’ai procédé de manière progressive pour éviter de craquer et d’être à bout
de nerfs à quelques semaines seulement du grand challenge.
Que représente un tel défi à vos yeux ? Au fond, qu’est-ce qui vous motive à y participer ?
Un tel défi me permet de tester mes limites physiques, m’aide à mieux me connaître
et à me retrouver. J’aime ces moments de solitude durant lesquels je nage,
je cours ou fais du vélo : je me sens alors en osmose avec moi-même et avec
la nature, envahie par une incroyable sensation de liberté. J’aimerais d’ailleurs
donner l’exemple à d’autres femmes, marocaines notamment, et leur transmettre
mon indéfectible amour pour les sensations fortes…
Quels sacrifices personnels exige la préparation pour Ironman ? Etant maman, je dois constamment adapter mes horaires d’entraînement à ma vie
de famille, ce qui requiert un grand sens organisationnel. Par exemple, je
ne peux pas participer aux entraînements de groupe qui ont lieu tôt le matin
car je dois emmener mes enfants à l’école. Du coup, je m’entraîne souvent
seule. Il peut aussi arriver que j’installe mes fils dans une poussette double
et que je cours en les poussant. Ainsi, nous pouvons tous profiter de l’exercice
: eux sont confortablement installés et moi, j’ai la satisfaction de partager
avec eux et de leur transmettre ma passion. Je m’efforce aussi de suivre
une certaine discipline alimentaire : un régime exclusivement composé de
protéines, de légumes, de fruits secs et de noix ; le pain, les pâtes et
les pommes de terre étant bannies de mon alimentation. Mais vu que je suis
gourmande, il m’arrive de temps à autre de faire quelques petits écarts,
a fortiori lorsque je suis invitée ou au restaurant.
Comment comptez-vous gérer votre stress le jour J ? Cette épreuve ne me stresse plus. Le jour J, je m’efforcerai de donner le meilleur
de moi-même, sans prise de tête. Mon secret, c’est de garder à l’esprit que
dans la vie, tout passe, aussi bien les bonnes choses que les moins bonnes.
Cela m’aide à me dépasser dans les moments d’angoisse et d’incertitude. Par
ailleurs, étant une fervente participante à Ironman, j’ai désormais conscience
que cette épreuve est loin d’être inaccessible. Quand on veut, on peut :
tout est question d’organisation et de discipline.
Comment vous imaginez-vous le 13 juillet à l’issue de ce défi pour le moins
éprouvant ?
Euphorique et prête à faire la fête avec les autres participants ! L’esprit
Ironman est unique dans le sens où il n’a pas de frontières : la race, la couleur,
la religion et l’origine n’entrent pas en ligne de compte. Ce qui importe,
c’est de rassembler des sportifs issus des quatre coins du globe et de les
inciter à faire preuve de solidarité, d’engagement et de détermination.