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TalentHind Mimouni-Joudar
Une déclaration d’amour que la jeune juriste s’apprête à nous faire sous forme d’un beau livre. Un message de paix et d’esthétisme qu’elle ne cesse depuis un bon moment déjà de lancer au gré de manifestations faisant le plaidoyer de ce costume traditionnel. A Marrakech pour assister à l’événement Caftan, elle nous en parle. Passionnément. Asmaâ Chaidi FDM : Vous avez consacré en France une série d’événements au caftan. Aujourd’hui, vous vous apprêtez à sortir un beau livre sur l’histoire de ce costume d’apparat. On peut parler d’une véritable fascination que vous vouez au costume traditionnel marocain sachant que vous venez d’horizons complètement différents. Pourriez-vous nous en dire davantage ?
Hind Mimouni-Joudar : Je suis juriste de formation et je dirige un cabinet de consulting. Le caftan est surtout une passion personnelle qui est née d’un drame que j’ai vécu ; le décès de ma soeur qui était une grande amoureuse de ce costume et qui en réalisait de très beaux pour nous. A son départ, cet amour m’a d’emblée été transmis. Tout de suite, j’ai été embarquée dans le monde du caftan. Une très belle approche qui m’a donc permis de remonter à mes origines, mais aussi de découvrir des choses extraordinaires qui m’ont confortée dans mon rapport à mes racines. Je n’ai pas du tout la prétention d’être une historienne du caftan, mais j’ai retrouvé dans ce costume une universalité. Mon livre relate un peu l’histoire du caftan en général, celle de plusieurs régions dans le monde avec un zoom sur le caftan marocain parce que bien évidemment, c’est le Maroc qui a su préserver cette tradition qui date (on l’estime) du Xème siècle. Le caftan ne serait donc pas l’apanage de notre culture marocaine ? En faisant des recherches, j’ai retrouvé le caftan dans plusieurs pays, sous différentes formes. Dans certaines contrées, il est plus masculin, se présentant sous forme d’un manteau avec une ornementation plus codifiée. On le retrouve dans tout le pourtour méditerranéen, en Orient et même en Pologne. C’est en remontant vers l’Andalousie que l’on retrouve vraiment les origines du caftan, avec les superpositions, la ganse, la ceinture. Suite à l’exil de la population judéo-arabe, les artisans du Caftan se sont un peu dispersés dans le Maghreb, à Alger, à Tunis et à Fès. Le caftan a-t-il toujours porté cette appellation ? L’appellation “caftan” est récente. Je pense vraiment que ce terme n’a pris son ampleur qu’avec “Femmes du Maroc” et le défilé que le magazine organise chaque année. Avant cela, le “caftan” désignait uniquement une seule pièce. Il y avait la mansouria comme seconde pièce pour former la tekchita. Mes recherches se sont concentrées sur l’histoire du caftan oriental en général dont les origines remontent à Grenade sous l’appellation “al foustane”. Un costume d’apparat que portaient les femmes appartenant à la classe sociale la plus élevée, connues pour leur grande élégance, leur permettant de se distinguer des gens du peuple. Plus tard, on le retrouve à Alger sous le nom de “karakou”, à Tunis sous l’appellation “keswa”, et à Fès. Occulter ces contrées aurait été pour moi amputer le caftan d’une partie importante de son histoire. Les artisans, pour la plupart de confession juive, ont su préserver les codes de cet art séculaire dans ces pays du Maghreb, tout en le déclinant pour certains afin de lui octroyer une identité propre à chaque région. D’où l’émergence de la “keswa lekbira”, caftan que porte la mariée judéo-marocaine lors de la cérémonie du henné… Évoquez-vous cela dans votre livre ? Dans une partie de mon livre, je traite en effet de cette tranche de l’histoire du costume traditionnel. D’après les témoignages que j’ai pu avoir à ce propos, cette tenue était portée par la femme juive l’après-midi une fois ses tâches ménagères terminées, pour recevoir sa famille ou ses amies. Aujourd’hui, cette “keswa lekbira” revêt une symbolique très forte. C’est la tenue que porte la mariée juive sépharade pour la cérémonie du henné. Mais au-delà de tout cela, cette tenue représente tout l’attachement de la communauté juive sépharade à ses origines et à sa culture religieuse. Les couleurs de cette tenue ainsi que les ornementations obéissent aux codifications du caftan. Ceci étant, je suis pertinemment convaincue que les origines de cette tenue viennent de l’Est, d’Algérie en l’occurrence, et de l’influence de la culture ottomane par conséquent. Aujourd’hui, le caftan dans toutes ses composantes a fait bien du chemin... Aujourd’hui, même si les stylistes ont une imagination débordante et énormément de créativité, je trouve qu’ils gardent tout de même l’esprit du caftan, ce qui est tout à fait louable. Cette tenue s’est européanisée ; c’est un fait inévitable vu la globalisation. C’est aussi grâce à cela que le caftan marocain a généré une économie importante. Pour attirer une clientèle plus large, les stylistes ont dû l’adapter. Quel est le message que vous voudriez transmettre à travers votre livre ? Je souhaiterais véhiculer un message de paix. Je rêve de pouvoir contribuer à mon niveau, ne serait-ce qu’un peu, à réduire les frontières ethniques, religieuses et culturelles, à travers ce vêtement. Plus qu’un phénomène de mode, le caftan dans tout son esthétisme, devrait s’internationaliser. Le faire découvrir à l’étranger, c’est permettre de redorer le blason de la culture orientale ailleurs, c’est un tant soit peu de reconnaissance du monde oriental en Occident. C’est aussi renvoyer à cette époque où juifs, musulmans et chrétiens cohabitaient en paix et en harmonie sous les empires Abbasside et Omeyyade. Ce livre sur le caftan ne fait donc que s’inscrire dans la démarche de promotion de la culture marocaine et orientale en France et ailleurs. Sur quel volet allez-vous vous pencher prochainement ? Actuellement, je m’occupe de la promotion de Saïd Belhadfa, un styliste marocain qui vit aux Etats-Unis. Rachida Khalil, l’humoriste, fait aussi partie des artistes que j’essaie de faire connaître auprès de mon réseau de journalistes bien qu’elle n’ait pas besoin de moi pour cela. Il y a aussi un jeune réalisateur d’un dessin animé sur 3D sur Joha qu’il me tient à cœur aujourd’hui de faire découvrir car, cela peut paraître amusant, mais ce personnage de Joha me ramène aussi un peu à mon histoire vu qu’on le retrouve dans tous les pays où existe le caftan. Par mon histoire, je désigne le Maghreb, le Golf... La culture dans toutes ses composantes devrait nous unir pour créer quelque chose de beau, de stylé. Quelles perspectives voyez-vous au caftan ? Nous pourrions en faire un mode de communication très efficace. L’avenir de ce costume traditionnel ne peut être que glorieux. Aujourd’hui, grâce au caftan, beaucoup de pays comme l’Algérie, la Tunisie et l’Inde commencent vraiment à s’intéresser à leurs origines. Les créateurs commencent à puiser l’inspiration dans leur propre histoire. Aux robes européennes, ils préfèrent créer des tenues avec des connotations traditionnelles. Un styliste indien, Sunit Verma, vient de présenter une collection traditionnelle extraordinaire qui a tout d’une série de caftans, rappelant ainsi les costumes que portaient les maharadjas. J’ai également eu l’occasion de rencontrer des créateurs libanais. Dans les robes européennes qu’ils créent, on retrouve les couleurs, les ornementations, les paillettes qui rappellent les caftans. Leur imagination est très imprégnée de ces références. Elie Saab se plaît à dire : “Quand je crée une robe, je pense toujours aux princesses des mille et une nuits”. D’ailleurs, cet artiste confirmé connaît notre caftan marocain. Et il n’est pas le seul. Oscar De La Renta himself crée des caftans brodés or et ne les ampute pas de leur appellation. C’est dire que le caftan est dans l’esprit des gens de l’art. J’en parle également dans mon livre. C’est une réalité qui se transmet viscéralement et subrepticement, un peu comme une évidence. publiée le 01/06/2009
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