Régime : on aime et on déteste. On aime parce que c’est souvent le seul moyen
de remettre son jean taille basse de l’été 1997. On déteste parce que, en période
de diète, on a l’impression d’être seule au monde, fragile paria affamée qui
ne tient plus sur ses talons aiguille et fantasme sur les éclairs au chocolat.
Mais les régimes, est-ce que ça marche ?
Karim Moucharik
Yallah, on reprend son souffle et on replonge dans l’univers des diètes ! “Perdre
4 kilos en une semaine”, “maigrir du bas”, “plus que deux mois avant d’affronter
la plage”, “Maigrir : nouveau mode d’emploi”, “maigrir : on oublie tout et
on recommence”, “la chasse au gras”, “mangez utile”… Le mois d’avril a été
sacré par les journalistes beauté mois de la minceur, de la privation, de l’euphorie
et immanquablement du pétage de plombs le plus spectaculaire. Si on se prive,
on maigrit ; c’est mathématique. Les pieds dégonflent, le ventre s’aplatit,
le tour de cuisse rétrécit, le visage s’affine, la poitrine se fait moins généreuse,…
Bref, on perd en centimètres et en kilos. Seulement voilà. Combien sommes-nous
à avoir perdu des dizaines de kilos et à avoir tout repris avec, souvent, un
(gros) bonus à la clé ? Qui a déjà grillé ses connexions neuronales le temps
d’une diète musclée ? Quelles sont celles qui sont déjà tombées dans les pommes
à force de s’acharner sur leur corps ? Allez, avouez !
Maigrir si je veux, quand
je veux “Avoir un look”, se maquiller, colorer ses cheveux, les permanenter, les défriser,
foncer ou éclaircir sa carnation, se tatouer, se percer, maigrir : faire ce
que l’on veut de son corps est une façon privilégiée d’affirmer sa différence
et donc sa liberté. Cela dit, à l’heure où les normes culturelles sont brisées,
les limites techniques effacées et les critères de beauté standardisées, assumer
ses rondeurs semble être une possibilité d’emblée exclue. Alors que des groupes
de pression telle la Size Acceptance aux Etats-Unis militent pour que le corps
soit respecté et accepté dans toute la gamme des différences qu’il peut représenter,
médecins et médias tiennent un double discours. D’un côté, ils s’insurgent
contre la tyrannie de la taille 34 dans les milieux de la mode et préviennent
du danger des troubles alimentaires ; de l’autre, ils imposent toujours violemment
le diktat de la minceur sous prétexte de préservation de la santé. De rares
exceptions existent cependant en Europe, tels les médecins et les psychologues
regroupés au sein du G.R.O.S*.
Finalement, on est en droit de se demander si cette chasse aux kilos ne dissimule
pas en vérité une vision totalitaire de la représentation du corps : un corps
jeune et mince ; un corps parfait pour une société qui bannit toute différence
et pousse à la surconsommation. Et dans cette quête du corps mince, nombreuses
sont celles qui sont prêtes à tout.
Médocs et autres
déliresgaléniques Une femme est un Homme comme les autres avec ses faiblesses, ses excès, son
désir de tout contrôler et de montrer qu’il est toujours à la hauteur. Mais,
ne nous voilons pas la face : la super woman ; épouse aimante, maîtresse de
maison géniale, amante chevronnée, maman attentive et working girl super efficace
et hyper efficiente n’existe pas. En matière de régime aussi, la règle du “tout
régenter” s’impose : on veut devenir la reine du self control et là, paf, on
est tentée de (re) découvrir les effets de certains expédients chimiques, souvent
achetés au pharmacien à qui l’on fait les yeux doux ou à la pharmacienne compatissante
qui est déjà “passée par là”. Des noms ? Lasilix, Mediator, Lexomil, Prozac,
Xenical… Des médicaments inscrits en liste 1 ; comprenez “délivrés uniquement
sur ordonnance”. Ils sont diurétiques (pour désengorger les tissus et enclencher
la grande chasse à l’eau), anxiolytiques (quand le soir, vous avez envie de
commettre un infanticide lorsque le petit dernier vous nargue avec sa Danette
au chocolat noir), anti-dépresseurs (pour chasser le cafard et prouver au boss,
au mari et aux collègues que tout est sous contrôle), anorexigène (pour signifier
à votre cerveau d’arrêter de faire son job). Souvent, les discussions entre
copines autour du thème des gélules miracles prennent des allures de réunions
Tupperware où chacune partage les pérégrinations de son plan love avec les
gélules miracle. “Moi, je prends un diurétique une à deux fois par semaine
et c’est génial. Je dégonfle vraiment. Mais attention, les filles, il faut
prendre du potassium avec”. Effrayant. Le régime est une parenthèse pendant
laquelle on oscille entre la mise en danger de son corps et l’entretien de
celui-ci.