OK, on vous l’accorde, ce n’est pas spécialement folichon de faire la conversation
à son escalope au resto ou à son jus d’orange au café du coin. De même, au ciné,
entre les répliques, on a bien envie de partager avec sa voisine de siège, l’effet
qu’a sur nous le torse velu de Assaad Bouab dans le film “Lola”. Le shopping,
lui-même, n’offre qu’un intérêt mitigé quand on se trouve privée de sa mère,
sa sœur ou sa collègue de bureau pour courir de boutique en boutique, en discutant
à bâtons rompus de sujets futiles mais ô combien féminins. Après passage en revue
de toutes ces difficultés à s’éclater individuellement, délicat de viser la virée
solo, lestée de son seul bagage à main et de quelques notions confuses d’espagnol
pour partir à la découverte du continent latino-américain. On aurait comme l’impression
d’être punie. Avoir la sensation désagréable d’être au piquet, seule au fond
de la classe, avec tous les regards des élèves rivés sur nous. Déstabilisant
au possible…
Alors, d’où vient ce besoin d’être rassurée en permanence par la présence d’un(e)
acolyte dès lors qu’on pointe le nez dehors ? Cette obligation de partage du
plaisir ou des loisirs en communauté ? Dans l’inégalité des genres, se profile
le début de la réponse : chères femmes, on ne vous aime pas en vadrouille et
on n’a eu de cesse de vous inculquer tous ces codes sociaux implicites, depuis
votre prime enfance. L’espace public reste encore la propriété des hommes et,
au nombre de deux au moins, vous ressentez confusément que vous serez davantage
armée pour affronter leurs quolibets et leurs regards insistants. Vient ensuite
notre chère société encore profondément ancrée dans le schéma communautaire et,
où on a plus pris l’habitude de voir, le dimanche, des familles entières se déplacer
en contingent, que des “fous” solitaires, enivrés par le galop de leur cheval,
sur la plage de Dar Bouazza ! Maroco-marocaine la donne ? Certes. Et l’accès
à une forme d’autonomie autre que celle apportée par la vie professionnelle,
n’est pas non plus une évidence intégrée par toutes les jeunes demoiselles. S’autoriser
certaines activités, seule, en y trouvant autant de plaisir que si on était accompagnée
par une amie (ou un groupe d’amis), revêt alors un aspect bizarre, y compris
pour l’intéressée elle-même. Ce qui se nomme indépendance est compris à tort
comme solitude ou échec du relationnel en général. Eh bien, parfois, il faut
savoir dire non à la petite voix intérieure qui nous dicte de faire défiler tout
le répertoire de son GSM et s’en aller simplement manger sa glace comme une grande
! De diktat, la notion de partage devient ainsi choix circonstanciel et variable.
A côté des courses ou de la gym, il y a donc plein d’autres choses (spectacles,
conférences, restos…) qui valent la peine de prendre son courage à deux mains
et ne pas rester esclave des disponibilités de ses amis !
A l’aide ! Mon radar à mecs se plante tout le temps ! Censé biper au détour d’un mec bien sous tous les rapports et s’éteindre
devant une crapule de bas acabit, notre radar à mecs, ces derniers temps nous
joue de fâcheux tours. Il bipe 24h/24. C’est ainsi qu’on croyait notre dernière
histoire pleine de sel et de poivre et que, lui, l’amoureux d’opérette, pour
quelque obscure raison, a fait un pic d’hypertension qui l’a obligé à arrêter
tous ces mets savoureux (dont on faisait partie bien évidemment) ; il s’est donc
mis au régime sans crier gare et nous, on a fait des fuites de sodium par nos
yeux tristes. Pas grave, au suivant ! Le suivant était très beau, quoique psychanalytique-ment
détraqué, parce qu’il ne parlait que de lui, lui et encore lui. Mais trois longues
semaines pour sortir de la torpeur amoureuse induite par son beau regard et notifier
la liste des dégâts infligés (en particulier sur nos oreilles), ça fait long
et, on commence à se poser des questions sur ce radar incompétent dont on est
pourvue. Rendue même un brin parano girl,
en se disant que, soit tous les mecs sont des taches finies, soit c’est nous
qui sommes porteuses de
la tare-de-ne-jamais-savoir-choisir-le-bon.
Et si on modérait un peu nos ardeurs en ne nous jetant plus, corps et âme perdus
dans chaque love affaire débutante… En bref, arrêter de se comporter comme une
midinette de quinze ans qui tombe raide amoureuse en cinq secondes et trois centièmes…
d’un Abdelkader Apollon qui n’a quelquefois pas mérité son titre de demi-dieu
de Ain Sebaâ et banlieue ! Car plus dure sera la chute… Et en grande blasée des
relations amoureuses, on risque alors de s’essouffler aussi vite qu’on va fatiguer
son partenaire : allez hop, il dégage, ce vieux modèle des années 2000 qu’on
connaît déjà ! Ben, nous, on vous propose d’appuyer un peu sur le bouton pause
; car, à force d’en voir défiler des chauves sexy, des bébètes avec des Q.I de
centraliens, des tordus, des filous, des menteurs sincères, des faux-vrais gentils,
vous n’êtes plus aveuglée par l’amour mais par la quantité qui vous floute le
discernement. Vive alors le temps mort. Qui peut parfaitement se muer en espace
où on revit. Et redécouvre ses vraies envies...