Et si, pour une fois, dans nos fameuses pages noires, plutôt que d’évoquer les
mille et un gestes de l’amour, si on s’intéressait plutôt à cette soirée inoubliable
(mais qu’on s’efforce pourtant d’oublier) où, pour cause de petit détail rédhibitoire
on a préféré se pelotonner sous la couette avec un bon livre. Et basta ! Retour
sur la nuit où vous avez rejoué “Cendrillon”, mais sans laisser de pantoufle
de vair...
Amanda Chapon
“Euh, je crois que j’ai oublié quelque chose sur le feu”, ou “J’ai beaucoup de
boulot demain matin, il faudrait mieux que je me couche tôt.” Ça vous rappelle
forcément quelque chose, non ? On a toutes au moins une fois mis fin à un rendez-vous,
ou abrégé une nuit qui s’annonçait torride, parce que Habibi s’est révélé ce
soir-là tenir plus du crapaud que du Prince Charmant. Et souvent, c’est juste
au moment de se jeter à l’eau, ou plutôt dans ses draps, qu’on découvre le détail
qui tue. Un détail parfois tout petit, aussi infime qu’un morceau de salade coincé
dans les dents du grand et sexy fiancé de Malak : “Alors que je fantasmais sur
lui depuis plusieurs mois, le soir où enfin on allait passer à l’acte, cette
salade sur ses dents, ça m’a littéralement coupé l’appétit ! Je n’ai pas osé
le lui dire, bien sûr, mais j’ai prétendu que je ne me sentais pas bien.”
Heureusement, le lendemain, Amine (qui s’était lavé les dents !) et Malak, ont
enfin pu avoir la “première fois” dont cette dernière rêvait. Les choses se corsent
cependant, quand le détail rédhibitoire, loin d’être accidentel, est quotidien.
Une mauvaise haleine ou une hygiène douteuse peut empoisonner la vie sexuelle
d’un couple, et ce, sur le long terme si rien n’est fait pour y remédier. Et
s’il est moins difficile de s’exprimer sur le sujet pour un couple qui partage
une intimité sexuelle depuis quelque temps que pour deux jeunes mariés le soir
de leur nuit de noces, ce n’est quand même pas très évident. Il s’agit de ne
pas heurter la sensibilité de l’autre en faisant preuve de tact. Oubliez donc
“Ta mère ne t’a pas appris à te laver les dents ?” et essayez plutôt “J’aime
tellement t’embrasser quand ta bouche à le goût du dentifrice à la menthe”. L’arme
fatale, mais à manier avec délicatesse, reste l’humour. “Euh, les chaussettes,
le caleçon trop grand, tu cherches à ressembler à Borat ?” Enfin, le plus important
est de bien choisir son moment. Avec une règle fondamentale à respecter : jamais
juste après l’amour, le sujet est alors trop sensible. Il vaut mieux choisir
un moment où l’on se sent bien, un dîner en amoureux, un instant de partage…
Si on peut se laisser le temps de se connaître davantage, il ne faut pas attendre
trop longtemps non plus. Notre moitié pourrait nous en vouloir de n’avoir rien
dit, se sentir berné. Le pire ? Prendre sur soi et ne rien dire, et risquer alors
de tuer complètement le désir qu’on avait pour son partenaire. Tout l’amour que
l’on éprouve pour l’autre n’est pas forcément suffisant pour surmonter une répulsion
instinctive et spontanée à la transpiration, par exemple.
En effet, quand on est dans le domaine, aussi fragile que compliqué, du désir
et de la libido, il est vain d’essayer de se raisonner. D’ailleurs, si certains
détails rédhibitoires comme une mauvaise haleine ou une hygiène douteuse, font
l’unanimité parmi les personnes interrogées, d’autres, au contraire, semblent
sujets à débat. Il semble que nos répugnances sont à l’image de notre éducation,
de notre culture, de nos expériences. Et il ne s’agit pas seulement de différences
entre Suédoises et Marocaines, ni entre rurales et citadines. C’est bien plus
complexe que ça : éducation traditionnelle ou plus moderne, influence de la famille,
de nos expériences personnelles… Deux meilleures amies peuvent avoir des opinions
complètement dissemblables.
Ainsi, pour Illy, mariée depuis 10 ans, il est hors de question de câliner sa
moitié lorsqu’il revient tout transpirant de son jogging, avant qu’il soit passé
par la case douche. Au contraire, Houria trouve les muscles luisants de sueur
de son homme, irrésistibles. Mais là où la polémique est la plus vive, c’est
sur le sujet des poils : ni les hommes, ni les femmes ne sont capables de parler
d’une seule voix sur ce point-là. Il y a les partisanes d’“el macho”, l’homme
viril et donc forcément poilu, et celles qui essaient de convaincre leur gorille
préféré que “non, l’épilation, ça ne fait pas si mal que ça, la preuve, je m’épile
bien les jambes, moi !” Côté hommes, c’est la même chose, il y a les adeptes
du lisse intégral et les adeptes du tout naturel, pilosité y compris (voir encadré).
Il y a ceux qui aiment les sous-vêtements en dentelle et ceux qui ne jurent que
par le coton blanc. Pareil pour la sueur. En l’occurrence, ils ne peuvent pas
nous jeter la pierre, ils sont aussi compliqués que nous. Ce qui prouve bien
qu’“en amour, comme à la guerre, il n’y a aucune règle” !