Avant de tourner la page, un petit travail attend écoliers, collégiens et lycéens
pour terminer l’année en beauté : trier, ranger et faire de la place. Mais si
certains enfants aiment conserver, d’autres préfèrent faire table rase : “Les
cahiers au feu, le maître au milieu !” Dans tous les cas, le grand tri s’impose.
Grandes tactiques et petits conseils pour optimiser ce dernier “devoir” de l'année
!
Latifa Abousaid
L’apprentissage du rangement doit commencer dès la 4ème année du primaire. Les
professeurs doivent enseigner le classement. Un travail utile, car peu d’écoliers
se retrouvent dans leur désordre. Plusieurs professeurs assurent que les enfants
sont capables de ranger, seuls, cahiers, classeurs, manuels à la fin du collège,
pas avant ! Nombreux déplorent ne jamais avoir le temps d’initier les enfants
au classement, une forme d’apprentissage utile pour apprendre à évaluer son
année scolaire. Les enseignants n’ont pas le temps d’initier les jeunes à l’art
et la manière de classer, c’est aux parents de prendre le relais pour le dernier
devoir scolaire de l’année ! Allez, les parents, courage ! Après, place aux
vagues, au sable et au farniente !
Trier, conserver… Est-ce utile ? Le but premier est de pouvoir réutiliser les documents. Un lien se crée ainsi
entre les enseignements d’une année à l’autre. L’idéal est que les enfants
se confectionnent un trésor évolutif, non pas avec des connaissances qui
s’entassent, mais avec des acquisitions qui s’ordonnent et qui s’enrichissent
d’année en année. Il faut profiter d’un moment sans grand stress, un entre-deux,
comme ces plages du mois de juin où les contrôles sont finis mais où les
vacances ne sont pas encore enclenchées. Procéder en plusieurs étapes brèves.
Si cahiers et classeurs sont mal tenus, ce n’est pas la peine de les garder,
mais c’est peut-être l’occasion d’engager une discussion avec l’intéressé
sur le pourquoi d’une mauvaise tenue d’un cahier. De confidence en confidence,
loin du stress des veilles de contrôle, les uns sont enclins aux confidences,
les autres (parents) ont plus de patience, une plus grande qualité d’écoute
pour mieux entendre ce que l’enfant a à dire sur l’école, les apprentissages,
les professeurs… Bref, c’est l’occasion de connaître tout ce que vous avez
toujours voulu savoir sur le quotidien de vos enfants à l’école sans jamais
avoir le temps de poser la question et d’attendre la réponse !
Au Primaire Pour chaque époque de la vie scolaire, un type de rangement s’impose. Les livres
scolaires de qualité sont évidemment à ranger avec soin. Pour le reste, c’est
le matériel de base qu’il s’agit d’engranger. En ce qui concerne les langues,
toutes les fiches et carnets de grammaire et de conjugaison doivent être
triés et rangés soigneusement s’ils sont bien tenus et ne regorgent pas de
fautes ! C’est aux parents de superviser cette opération tri sans sermonner
ni placer des remarques incendiaires sur l’écriture, la propreté, etc. Ce
n’est pas le but de l’opération. On peut garder les rédactions et autres
travaux de production écrite pour leur valeur affective. D’ailleurs, ce sont
généralement davantage les mamans que les bambins qui tiennent à conserver
les rédactions et poèmes des petits ! Notons toutefois que certains instituteurs
aiment bien jeter un coup d’œil aux cahiers de l’année passée lors du premier
trimestre afin d’avoir une idée sur ce qui a été étudié l’année précédente
et d’orienter en conséquence les révisions du premier trimestre… Cela enchante
moyennement les mamans de famille nombreuse. Nezha, maman de 3 bambins de
7, 9 et 11ans est catégorique : “Je ne vois aucun intérêt à garder des cahiers,
pas toujours correctement tenus. Je préfère ne garder que les livres essentiels
et édités récemment, car les professeurs réclament la dernière édition et
qu’il faut bien faire de la place. Pour savoir où en sont mes gamins, je
me fie aux cahiers de vacances. Il en existe d’excellents pour le primaire
et le collège. Et c’est beaucoup moins encombrant !”
Au Collège A partir du collège, le tri se complexifie ! Il se fait matière par matière
sous la supervision bienveillante des parents. Les professeurs de langues
recommandent de conserver les tableaux de conjugaison et les nomenclatures
des mots : verbes, déterminants, etc. Ils conseillent également d’initier
les enfants à élaborer des fiches par auteur. Ces fiches serviront de base
à l’élaboration de culture générale, s’enrichiront au fur et à mesure et
seront d’une grande utilité pour le programme de seconde. Côté mathématiques,
les règles et les théorèmes, les méthodes à appliquer sont à conserver ainsi
que la base de ce qui a été étudié.
Mais comment savoir ce qui est bon à garder, ce qu’il faut jeter ? “Pour savoir
ce qui est réutilisable, le collégien doit se l’approprier en organisant lui-même
ses connaissances, en se confectionnant des fiches synthétiques aisément consultables
et qu’il saura retrouver plus tard. S’il n’est pas assez mûr ou assez autonome
pour confectionner ce genre de documents personnalisés, inutile d’insister
et mieux vaut se rabattre sur des livres bien faits”, explique Ratiba Benomar,
30 d’expérience en enseignement secondaire.
Et quelle aide peut alors apporter le parent superviseur de l’opération rangement
? Ratiba Benomar explique : “L’idéal, c’est d’aider l’enfant à faire des interconnections
entre les disciplines. Ce qui échappe souvent aux jeunes collégiens, ce sont
les liens entre les matières. Les liens entre les courbes enseignées en mathématiques
par exemple et celles à commenter en histoire géographie entre autres. Les
parents peuvent saisir l’occasion du bilan de fin d’année, bilan concomitant
à l’opération rangement pour expliquer aux enfants que les maths, ce n’est
pas barbare, qu'on en rencontre partout et qu'elles nous rendent bien des services,
notamment dans des disciplines que l’enfant aime bien ou du moins qui ne lui
posent pas de problème. Ça serait déjà un grand pas de fait !”
Certains collégiens ont le privilège d’être initiés à l’opération tri et rangement
par leurs enseignants qui leur font faire des fiches de méthode réutilisables
jusqu’en terminale. Des fiches mises à jour chaque année. Cette initiative
a pour objectif d’apprendre aux élèves à observer, à se poser des questions,
à développer un esprit critique et aussi à se mettre en situation de recherche.
Au Lycée Au lycée, rangement et organisation se font dans un but bien précis : la réussite
au baccalauréat. Les élèves sont en âge de décider seuls de ce qu’ils veulent
garder et ce qu’ils décident de jeter. “D’ailleurs, si je leur donnais mon
avis, mes ados s’empresseraient de faire l’inverse par esprit de contradiction,”
témoigne une maman avertie. Les conseils des profs en la circonstance ont
beaucoup plus de poids que la parole parentale. La majorité des professeurs
recommande de façon générale de conserver tout : manuels, polycopiés et livres
depuis la seconde jusqu’au bac qui se déroule en deux étapes. Les notes du
cours, si elles sont bien tenues, sont au moins aussi précieuses que les
livres. Pour ce qui est des langues, les élèves doivent sélectionner un exemplaire
des 3 types de devoirs : texte argumenté, commentaire composé et dissertation.
L’intérêt est de pouvoir relire les annotations et les corrections du professeur
afin d’éviter de refaire les mêmes erreurs.
Il est aussi important de se fabriquer une expérience mathématique. Or, ce
n’est pas en conservant les cours que celle-ci se construit. Les professeurs
consultés proposent aux parents de recommander aux lycéens d’élaborer leur
propre solutionnaire avec, pour chaque notion enseignée, un problème type fait
en classe, accompagné d'une annotation indiquant ce que l’élève a appris dans
ce cas particulier. Préciser ensuite que face à telle question, telle méthode
est bien adaptée. Pour qu’un tel solutionnaire soit réutilisable, il ne faut
pas omettre d’indiquer l’énoncé, la solution proposée par l’élève, le corrigé
et le bilan.
Rangement d’accord…
mais dans la joie et la bonne humeur ! Ainsi, avant d’entreprendre des rangements, mieux vaut avoir en tête
l’optique dans laquelle on le fait, en prenant en compte les projets d’avenir
de chacun et en ne minimisant pas la valeur sentimentale du travail. Nul besoin
d’encombrer armoires et rayonnages de cours ou de manuels que les enfants ne
consulteront jamais. Les enfants font généralement leur choix en fonction de
leur rapport avec la matière et avec le professeur. Inutile d’obliger un récalcitrant
à faire des fiches si ce n’est pas compatible avec sa méthode d’apprentissage.
Le tout est que chacun puisse trouver la manière la plus appropriée à sa personnalité
pour engranger des connaissances dans une perspective dynamique, et de constituer
ainsi un stock de souvenirs (culture) de façon ludique.