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Faut-il suivre sa vocation ?

Tous les chemins mènent à Rome. Cette expression vient immédiatement à l'esprit quand on écoute certaines personnes raconter leur parcours pour le moins atypique. Après des études parfois longues, et alors qu'elles exerçaient un métier assez lucratif, elles ont soudain décidé de changer complètement leur vie professionnelle. Mauvaise orientation, opportunité intéressante ou possibilité de réaliser un vieux rêve : FDM se penche sur ces carrières qui ont pris une tournure… surprenante.

Amanda Chapon

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Surprenant, c’est le mot. Et encore, c’est presque un euphémisme. Une pharmacienne devenue restauratrice, un diplômé d’école de commerce devenu professeur de danse (et de danse orientale, en plus !). C’est inattendu. Surtout, comme le précise notre spécialiste en ressources humaines, que cela ne correspond pas du tout aux tendances actuelles dans le monde du travail marocain. La mode est à la spécialisation. On vilipende les branches universitaires qui ne sont pas assez “professionnalisantes”. Enfin, ça c’est dans le modèle “latin”. Dans les pays anglo-saxons, ou dans des pays dont le marché du travail fonctionne de la même manière, ce serait plutôt le contraire. Ainsi, une étude récente a montré que plus de 50% de la population active suisse exerce une profession différente de celle à laquelle l’avait préparé sa formation initiale. Apparemment, dans un marché de l’emploi qualifié de flexible, les entreprises anglo-saxonnes recherchent de moins en moins à engager de profils types. Les DRH (directeurs des ressources humaines) souhaitent embaucher des éléments compétents, certes, mais qui apportent aussi un plus, peut-être une vision différente, nouvelle, qui n’est pas forcément enseignée dans des grandes écoles parfois trop formatées. Euh, bon, redescendons sur terre… Au Maroc, nous sommes loin, très loin, de cette manière de voir le recrutement. Pourtant, alors même que le monde du travail ne favorise pas ce genre de carrières, beaucoup tentent néanmoins le grand saut périlleux professionnel, et ce, sans filet de protection.

Des parcours atypiques
Si certains se reconvertissent par nécessité, à cause du manque de débouchés dans leur filière, d’autres le font parce que leur profession initiale ne les satisfait pas, du moins pas complètement. Toutes les personnes que nous avons interrogées disent se sentir enfin épanouies dans leur travail, même quand celui-ci implique plus de responsabilités, des horaires plus lourds ou parfois… un plus petit salaire ! Elles mettent en avant le côté gratifiant et passionnant de leur métier comme justifiant bien quelques sacrifices.
Saoussane, par exemple, raconte à quel point son emploi du temps de restauratrice ne lui laisse aucun répit avec un grand sourire, qui traduit aussi sa fierté devant le travail accompli. Nabil, lui, a arrêté des études qui lui assuraient pourtant un avenir confortable, et qu’il était sur le point de finir, quand un boulot d’étudiant le met en contact avec le monde de la décoration pour le cinéma. C’est le déclic. “Deux jours après avoir reçu une proposition d’emploi ferme comme assistant décorateur, j’ai laissé tombé ma thèse en droit des entreprises, qui, de toute façon, m’intéressait de moins en moins.”
En fait, le fond du problème est là : Nabil s’entêtait dans un cursus universitaire qui ne lui convenait qu’à moitié, une voie qu’il avait choisie “à défaut de savoir vraiment ce que je voulais faire, et pour aller contre mes parents qui souhaitaient que je fasse une école d’ingénieur, comme ma sœur.” C’est donc une mauvaise orientation professionnelle qui est à l’origine de beaucoup de ces “profils atypiques”, comme on dit dans le jargon des Ressources Humaines. Une erreur d’aiguillage assez courante, somme toute, surtout avec la pression exercée sur beaucoup de jeunes par leur parents ou professeurs quant au choix de leurs études. Ainsi, Soumya, qui était une bonne élève, a cédé autant à ses parents, qui la poussaient à faire carrière dans la médecine “comme ton cousin”, qu’à la pression sociale : “c’était à la mode de faire de grandes études médicales ou encore une école d’ingénieur”. (Euh, n’est ce pas toujours le cas ?) C’est à peu près le même son de cloche chez Charaf, la mère de ce dernier insistant même pour qu’il délaisse la fac de bio au profit d’études d’économie, jugées plus profitables. Et, après quelques années passées à travailler dans un domaine qui ne lui convenait pas, sa passion pour la danse a pris le dessus…
Soumya, elle, doit sa reconversion à un coup de pouce du destin, personnifié par son frère, qui la pousse à postuler dans le journalisme. Parfois, le comment d’une carrière atypique se trouve être une opportunité tout simplement saisie au vol, comme Nabil l’a fait quand il a accepté l’offre d’assistant décorateur. Ou au contraire, cela peut-être le fruit d’une longue réflexion, qui aboutit à la décision de poursuivre un vieux rêve.

La passion pour tout recommencer…
Mais dans tous les cas, si une mauvaise orientation peut-être considérée comme la cause première de nombreux changements radicaux de carrière, ce n’est pas le seul élément déterminant. C’est aussi une question de tempérament. Il faut du courage pour avancer de cette manière en terrain inconnu, avec les risques d’échec que cela comporte. Il faut du courage pour accepter un travail pour lequel on n’est pas qualifié, du moins académiquement parlant, ou pour monter sa propre entreprise. Il faut accepter l’idée de repartir à zéro, d’être une débutante à nouveau, de recevoir des conseils et des instructions et quelquefois reprendre une formation. Ce qui ne veut pas dire que l’on doive reléguer nos études précédentes dans les oubliettes de notre mémoire, et puis jeter la clef ! Ceux qui ont fait prendre à leur carrière ce tournant à 90, voire même à 180 degrés, insistent tous sur le fait que leur apprentissage initial leur sert bien plus souvent que ce que l’on pourrait croire. Rigueur, esprit de synthèse, méthode de travail, notions de communication ou de gestion en ressources humaines : autant de connaissances qui peuvent être utiles dans bien des domaines différents. C’est pour cette raison que ce type de carrière “à rebondissement” est considéré comme un point positif dans quelques secteurs, notamment dans la publicité, et plus largement encore dans certains pays où l’on a compris l’intérêt, par exemple, de placer une anthropologue à la tête du département chargé de la création de nouveaux parfums dans une multinationale du luxe. Cependant, ce qu’on retient surtout en découvrant ces personnes aux parcours pour le moins atypiques, c’est l’épanouissement que leur apporte leur nouveau métier. Aucun ne regrette son choix. Le seul regret, parfois, est d’avoir attendu, stagné dans une voie consensuelle et de ne pas avoir osé essayer plus tôt.
Et quand on pense au temps que l’on consacre à son travail de nos jours, à l’importance accordée à la réussite professionnelle dans notre société, il semble que le grand saut périlleux avant ne soit pas si difficile, même sans filet !


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publiée le 01/06/2008

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