Un “agitateur” et un “mystificateur”, c’est ainsi que le Conseil supérieur des oulémas (seule instance habilitée à prononcer des fatwas au Maroc) a qualifié le cheikh Mohamed Al Maghrawi, après avoir dénoncé, le dimanche 21 septembre, son “utilisation de la religion pour légitimer le mariage de filles de neuf ans”. Le même jour, le procureur du roi à Rabat a annoncé dans un communiqué officiel l’ouverture d’une enquête judiciaire approfondie.
On se souvient que, début septembre, Mohamed Al Maghrawi, cheikh wahhabite marocain, fondateur de l’association Prédication et sunna dans le Coran, avait mis le feu aux poudres en répondant à la question d’un internaute sur l’âge licite du mariage des filles : “Nous l’avons vu, nous en avons entendu parler et nous en avons discuté : des filles de 9 ans peuvent avoir une capacité à copuler que n’ont pas parfois celles de vingt ans”.
Cette “fatwa” reprise par quelques journaux, a fait bondir Mourad Bekkouri, avocat au barreau de Rabat, qui a finalement porté plainte “à cause de l’absence de réactions des associations des droits de l’homme… Ce n’était pas normal, j’ai eu peur qu’il ne se passe rien. Alors que c’est une atteinte au Code de la famille, aux droits de l’enfant, et pire, une incitation au viol.”
Un geste citoyen à saluer, donc, et qui a été suivi par des déclarations de l’ADFM, l’UAF, Touche Pas à Mon Enfant…, appelant le ministère des Habous à lutter contre les fatwas anarchistes. Mais selon Mohamed Janjar, directeur adjoint de la fondation du Roi Abdul Aziz Al Saoud pour les Etudes Islamiques et les Sciences Humaines, “Ce n’est pas une fatwa, c’est juste une opinion, dénuée de toute autorité, même religieuse. Il n’y a aucun texte dans le Coran, aucun verset, qui évoque l’âge du mariage. Quant aux hadiths, ils ont un statut un peu particulier.
Il y en a des milliers, certains ont été fabriqués pour justifier des mœurs, des pratiques sociales, et diffèrent d’une région à l’autre : quelques-uns se contredisent même.” Pourtant, au nom de la liberté d’expression, Mohamed Janjar est “prêt à défendre le droit de Maghraoui de délirer, d’exprimer son opinion, même totalement déconnectée de la réalité.”
Certes, quand un homme se met à divaguer sur la sexualité potentielle des petites filles de 9 ans, on peut parler de délire. Mais qu’il justifie ses divagations par la religion, et son délire devient potentiellement dangereux.