ATFALE (Alliance de Travail dans la Formation et l’Action pour l’Enfance) est une équipe d’universitaires de profils divers. Elle mène, depuis 1986, des recherches-actions pour le développement de la petite enfance défavorisée. ATFALE s’est engagée à promouvoir l’éducation préscolaire et parentale afin de contribuer à une éducation de qualité. Site : www.refer.org.ma/atfale/atfale.htm
Comment faire aimer la lecture à mes enfants face à tout ce qui nous entoure
de ce que j’appelle la dictature des écrans ?
Rahma, 31 ans. Le goût des livres doit être développé très tôt chez les jeunes enfants.
En effet, dès l’âge de 9 mois, les bébés s’intéressent aux images. Il existe
des livres cartonnés ou plastifiés tout à fait adaptés à cette période. Regarder
avec lui les images, nommer et quelquefois même bruiter ce que l’on voit est
une véritable source de plaisir et de connivence.
Il ne s’agit pas encore vraiment de lecture mais de la découverte du livre : l’enfant regarde, touche, sent, mordille…
A partir d’un an, on peut commencer à raconter des histoires courtes. Puis, au
fur et à mesure du développement de l’enfant et de son intérêt, les histoires
pourront s’allonger. Les parents jouent un rôle important en lisant régulièrement
des livres à leurs enfants, en posant des questions sur l’histoire, en lui demandant
son avis sur le personnage principal, bref en développant un comportement actif
face à l’écrit.
L’éducatrice du préscolaire a, elle aussi, un rôle central à jouer dans la mise en place de l’amour de la lecture.
Or, c’est souvent là que les choses commencent à se gâter. Pression des parents,
manque de formation, programme du primaire surchargé, toutes les raisons sont
bonnes pour anticiper les apprentissages. Les enfants sont exposés dès quatre
ans…
et quelquefois même avant, à un véritable “matraquage” scolaire. Apprentissage
systématique
de la lecture et de l’écriture en arabe et en français, s’il vous plaît ! L’enfant
est brutalement projeté dans le monde de l’écrit sans avoir la moindre idée de
sa fonctionnalité. La lecture n’est pas une conquête mais une mécanique ! Le
plaisir de l’apprenant, sa motivation, ses capacités cognitives, tout cela est
oublié, il faut faire vite (et mal) ! Cet apprentissage intensif est épuisant
pour les enfants et, il entraîne chez beaucoup d’entre eux une détestation durable
des apprentissages scolaires parmi lesquels figure la lecture. C’est là où se
situe le drame. En renonçant à développer chez l’enfant le plaisir de lire, l’intérêt
de l’écrit dans la vie quotidienne, le bonheur d’écouter des récits enchanteurs,
l’institution éducative emprisonne l’acte de lire dans une discipline strictement
scolaire dépourvue de tout intérêt en dehors de l’école.
La lecture telle qu’elle est enseignée aujourd’hui dans la majorité des institutions
n’a aucune chance de venir concurrencer l’attrait de la télévision ou des jeux
vidéo. Alors chers parents, demandez aux éducatrices de vos jeunes enfants de
les nourrir de belles histoires, de les conduire à la découverte du monde en
feuilletant des livres, de les faire jouer en tournant les pages… Jusqu’à faire
trépigner vos petits du désir de conquérir le monde de l’écrit. Et de votre côté,
n’oubliez pas le rôle d’exemplarité que vous pourrez jouer en vous installant
au salon, un livre à la main.