Ma fille a peur que je meure
Dr Amal Chabach, Médecin Sexologue et Thérapeute
Depuis quelque temps, ma fille de huit ans vit avec la hantise que je meure. Quand je sors dîner dehors ou que je pars en rendez-vous, elle s’inquiète et me répète : “Surtout, ne meurs pas”. Pourtant, personne n’est mort dans notre entourage, ni n’a eu d’accident. J’ai essayé de lui expliquer que bien qu’il arrive que des gens meurent plus jeunes que d’autres, il n’y a aucune raison que ça m’arrive plus particulièrement, et que je serais toujours là pour elle. Cela la calme momentanément, mais quelques jours après elle recommence à s’inquiéter, surtout au moment du coucher. Je me sens démunie face à son angoisse, je ne sais pas quoi faire pour l’apaiser. Hiba, 35 ans.
Tout d’abord, c’est une étape relativement normale du développement de l’enfant. Vers 7 ans, l’idée de la mort devient très active, et certains enfants ne cessent de craindre que “maman meure”. Cette inquiétude provient d’un malaise ressenti par le tout-petit qui, lorsque sa mère s’absente, a peur qu’elle ne revienne pas. D’ordinaire, ce type d’angoisse s’apaise avec l’apprentissage de la solitude. Peut-être que votre fille a peur de se retrouver seule et ne se sent pas en sécurité. Elle fait l’amalgame entre être abandonnée et le fait de mourir… Peut-être que vous ne lui donnez pas assez de votre temps ? Que son père est loin d’elle ? Etes-vous divorcés ? Est-il malade ? Vous devez tranquilliser votre fille en lui disant exactement la vérité : tout le monde meurt un jour, les vieilles personnes comme parfois les plus jeunes.
Bien sûr, rassurez-là aussi en lui expliquant que vous êtes en bonne santé, que vous faites preuve d’une grande prudence en voiture, et que si le risque d’avoir un accident existe toujours, vous faites en sorte qu’il soit le plus petit possible. Cette exploration est saine ; c’est le silence (voire le déni) autour de la réalité de la mort qui est malsain et source de tant de peurs. Dites-lui que même s’il vous arrive quelque chose vous serez toujours présente dans son cœur et que l’essentiel est de profiter et de vivre pleinement le moment présent et de réaliser son potentiel créatif. Soyez avec elle, acceptez vous-même cette vérité de la mort, et dépassez-la ensemble dans l’amour et le lâcher-prise. Quand elle va dormir, elle vit cela comme une séparation. Apaisez-la en actes, c'est-à-dire en étant présente et rassurante.
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publiée le 01/06/2008
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