Je ne pense pas qu’il
y ait beaucoup
de femmes qui soient enchantées de partager leur homme avec une autre.
aïcha zaïmi sakhri
Le nouveau code de la famille n’a pas supprimé la polygamie. Il l’a assortie
de conditions censées faire de la monogamie, la règle. Aujourd’hui en 2008, un
homme qui souhaite prendre une seconde épouse (et il en existe bien sûr !) doit
obtenir l’autorisation du juge. Qui lui, doit, obligatoirement, informer la première
épouse par tous les moyens et s’assurer que le monsieur friand de mariage remplit
bien les conditions matérielles lui permettant un traitement équitable entre
les deux foyers. Qu’est-ce qui a alors changé par rapport à l’ancienne Moudawana
? La possibilité de divorcer pour la femme si elle n’est pas d’accord.
Récapitulons : l’époux ne demande pas l’autorisation à sa femme pour se remarier
mais au juge. Celle-ci est aujourd’hui informée par voie judiciaire. Voilà le
progrès ! Pire encore, le juge se contente le plus souvent de proposer l'option
du divorce à la première épouse et en prend même l’initiative (divorce chiqaq).
Celle-ci n’a pas d’autres choix que de divorcer ou… d’accepter. Je ne pense pas
qu’il y ait beaucoup de femmes qui soient enchantées de partager leur homme avec
une autre. J’en ai rencontré une seule qui m’ait vanté les mérites et les avantages
d’être l’épouse à mi-temps d’un homme. Que cela lui laissait plus de temps pour
s’occuper d’elle-même, de ses activités professionnelles etc, le rêve quoi !
Sauf qu’elle était la seconde épouse (plus facile à vivre puisqu’on est la nouvelle
et qu’on a accepté le pack !) et qu’elle a vite déchanté quand son coureur de
mari a décidé de s’en offrir une 3ème.
Aujourd’hui, si certaines femmes acceptent la polygamie, c’est avant tout pour
des raisons financières. Elles ne sont pas autonomes et sont contraintes d’opter
pour le gîte et le couvert au détriment de la dignité. Recourir au divorce reste
au-dessus de leurs moyens. Les hommes l’ont bien compris ! Et certains en abusent.
Aujourd’hui, on peut divorcer beaucoup plus facilement. C’est un progrès indéniable
que mon propos n’est pas de dénoncer. Le divorce est une solution à la portée
des deux époux en cas de discorde, de préjudice ou tout simplement de mésentente
et d’incompatibilité d’humeur entre les conjoints. Ça arrive et on n’a aucune
raison de rester enchaîné à quelqu’un qu’on ne supporte plus… Sauf si l’on dépend
de ladite personne. Et c’est malheureusement encore le cas de nombreuses femmes.
Des femmes qui ont des années de mariage derrière elles et qui ont consacré leur
vie à leur foyer, à leur mari et à l’éducation des enfants. En cas de divorce,
ces femmes n’obtiennent de pension alimentaire et un toit que lorsqu’il y a des
enfants à charge. La pension alimentaire, il faut le rappeler, concerne uniquement
la mère gardienne. Pas l’épouse. Celle-ci perçoit une pension uniquement pendant
le délai de viduité fixé par le juge généralement à 3 mois. Passé ce délai, le
déluge…
La bonne nouvelle, c’est que le code est aujourd’hui perfectible et réformable
; les parlementaires devraient proposer d’amender deux points importants allant
dans le sens de l’égalité et la justice :
1. Une pension alimentaire à la femme en tant qu'épouse, pas seulement en tant
que mère. Le mari qui souhaite divorcer pour prendre une autre femme ou d’autres
raisons d’ailleurs doit assumer les conséquences financières de son choix. C’est
normal et l’inverse devrait être le cas. En tant que conjoints égaux, chacun
doit assumer son choix sans porter préjudice à l’autre.
2. Abolir tout simplement la polygamie. C’est une pratique d’un autre âge qui
est très peu répandue et qui constitue tout simplement une épée de Damoclès sur
la tête de chaque femme. C’est une pratique qui n’a pas lieu d’être dans un pays
qui se veut tourné vers la modernité. C’est franchement déplaisant et humiliant
d’avoir sur un livret d’état civil 4 cases, une pour chaque épouse ! L’inverse
ne le serait-il pas ?