Femmes du Maroc

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Terre fertile


Myriam Jebbor

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Lundi 25 mai, il est 23 heures 30 et le numéro de juin de “Femmes du Maroc” (celui que vous tenez entre vos mains) sera bouclé dans quelques heures. Ce numéro est un peu particulier puisqu’il frôle les 400 pages avec, en zoom avant, la treizième édition de Caftan que nous avons voulu vous faire partager. Vous saurez tout sur nos stylistes, les tendances du caftan marocain contemporain, les collections présentées, et même ce qui s’est passé en amont du défilé, lors des répétitions générales, ou encore dans les coulisses… on ne vous a rien caché.

Caftan, au-delà d’être un rendez-vous de la mode, fait partie du bagage culturel de notre pays. Il met en lumière notre grande richesse artisanale et le talent de toute une génération de créateurs passionnés qui représentent notre pays ici et ailleurs.

Avec pour thème cette année “l’Afrique, l’Orient et l’Occident”, il était à l’image du Maroc, terre d’accueil et de partage, et à l’image aussi du caftan qui s’inspire de toutes ces cultures. Résolument tournés vers l’universel, les thèmes choisis appelaient à la tolérance et à l’amour des différences, en donnant aux créateurs une entière liberté que l’on découvre dans des tenues chargées d’audace et de créativité, des collections joyeuses et vibrantes de sensibilité.

Mais Caftan n’est pas seulement un rendez-vous donné aux amoureux du beau ; il rime avec générosité et se penche sur la réalité des filles du monde rural qui accèdent à la scolarité… un privilège pour elles… Les filles de la région de Tnine Chtouka, qu’une journaliste a accompagnées pendant 24 heures, témoignent de cette injustice.

Et si certaines ont la chance d’aller à l’école et de savoir aujourd’hui lire et écrire, c’est grâce aux enseignantes et aux mères au foyer, analphabètes souvent, qui se sont battues pour cela. Khadija Karchi, que nous avons rencontrée et qui a bénéficié de cette chance contrairement à ses sœurs restées au village, revient en tant qu’assistante sociale dans sa ville natale pour changer le cours des choses.

L’accès à l’éducation a fait d’elle une fille déterminée qui sait qu’elle a une place et un rôle à jouer dans la société. “Si je n’avais pas eu la chance d’aller à l’école, nous a-t-elle confié, je serais sûrement mariée avec deux ou trois enfants et je serais chargée de faire le ménage et d’aller puiser l’eau. Mais je sais aujourd’hui que le fait de scolariser la fille rurale n’est pas une charité mais un droit.”

Cela me rappelle un médecin, ami de la famille, qui avait eu accès à l’école par accident. Né à la campagne, il était le plus fragile de sa fratrie. Souvent malade, il n’était pas d’une grande aide dans les champs, contrairement à ses frères qui, en bonne santé, soulageaient le père dans son travail. Un jour, le maître du village avait recommandé au père d’envoyer son fils à l’école puisqu’il ne lui était d’aucune utilité.

“Après tout, pourquoi pas ? avait répondu l’homme. De toute façon, il ne nous sert pas à grand-chose.” Aujourd’hui, le père est mort. L’enfant a grandi et il est chirurgien à Paris. Il envoie régulièrement de l’argent à sa mère et ses frères tous analphabètes qui sont restés à la campagne.

Il est dans la vie des instants, des rencontres qui, anodins en apparence, bouleversent le cours des choses. Ou nous bouleversent dans ce que l’on est. Nous forçant à changer. Ou nous emplissant le cœur de plus d’espoir en la vie.

A ce titre, saviez-vous qu’aux Galeries Lafayette à Paris, notre artisanat est exposé jusqu’au 6 juin 2009 ? Il est découvert (ou redécouvert) par pas moins de 100 000 personnes par jour. Il touche les gens et les séduit.

Le nom de notre pays est en ce moment même associé à de la créativité et de l’émerveillement. Certains de nos artisans qui, jusque-là travaillaient dans l’ombre pour gagner très peu d’argent, sont mis en lumière et montrent ce qu’ils savent faire et ce dont le Maroc est capable.

Je les ai vus dans ce grand magasin, entre les articles de Dior ou encore de Chanel, caresser leurs produits exposés d’un regard de fierté empreint d’émotion. Je crois qu’ils n’en revenaient pas eux-mêmes de cette chance offerte, de cet instant de reconnaissance, d’avoir le cœur, à ce moment-là, si rempli de bonheur.

Le Maroc est un pays de contrastes dans lequel la culture, à travers des festivals, des défilés et des expositions, explose et s’affirme. Dans lequel des mères analphabètes arrachent le droit pour leurs filles d’aller à l’école. Et qui dans ces élans-là, par ces petits combats et ces grands moments de partage, nous porte vers demain…


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publiée le 01/06/2009


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