Un peu lasse quelquefois du caftan traditionnel, Fadéla se lance avec succès en 2001 dans le Prêt-à-porter. Elle réitère cette année avec une collection dans laquelle elle conserve tous ses réflexes Haute-Couture. Réticente à passer à “l'ère industrielle”, elle opte pour le “tout fait main”.
Ce réveil du PAP marocain, Fadéla l’attendait. Côté styliste,
c’est pour elle d’abord “une ouverture pour les jeunes talents.
la Haute-Couture revenait trop cher…”. Les contraintes du caftan
commençaient aussi à se faire sentir, d’ailleurs “d’année
en année, il s’européanisait”, remarque la styliste.
Si Fadéla recherche plus de liberté dans la création, elle
reste dans son travail résolument amarrée à ses racines
maghrébines. D’origine algérienne (kabyle), de mère
turque, marocaine d’adoption, Fadéla est fascinée par l’écriture
et la calligraphie. Lors de ses premières collections, elle s’inspire
du signe arabe et berbère (amazigh et tifinagh) qu’elle mêle
harmonieusement, comme pour faire mieux communiquer les deux peuples. Elle dit
rêver d’une tenue qui réunirait toutes les écritures
du monde. Pour l’heure, elle travaille “sur
l’hébreu avec des amis juifs, pas facile de trouver des documents
ici !” constate-t-elle. Mais pour cette collection de PAP, ce sont d’autres
signes qu’elle a empruntés : ceux très poétiques de
l’artiste Rachid Koraïchi. C’est en 2000 qu’elle travaille
avec lui pour la première fois, pour une collection présentée
en Jordanie: “le chemin des roses”. Elle extrait de ses tableaux
quelques signes qu’elle brode en argent. Pour sa collection, Fadéla
s’inspire des vagues et du vent qui lui soufflent ses matières fluides,
comme la mousseline et les jeux de transparence. Elle aime les couleurs miel
et cuivrées, et les solaires, de fin de journée exactement, avec
leurs traînées rouges et fuchsia (son second thème). Huit
autres tenues, aux tons de blancs, terminent cette collection tout en légèreté.
Son parcours
“vétérante” de la jeune haute couture marocaine, Fadéla
a consacré sa vie à la mode. Enfin presque… Elle enseigne à la
Mission française la “coupe et couture” à des CAP,
puis passe en 1963 à l'enseignement marocain, dans l'administration, tout
en jouant chez elle du crayon et des ciseaux. 1987, c'est le grand saut : elle
ouvre son atelier et organise deux ans plus tard son premier défilé à Casa.
Elle enchaîne depuis les défilés, en France, en Jordanie
et au Maroc. Elle a défilé pour 5 “Caftan”, le premier
en 1996 qui a permis à son talent de rayonner ; la dernière édition,
quant à elle, a été marquée par une créativité tout
en fleurs sur fond de soie et de satin duchesse.