“6 février 2004 : date de l’entrée en vigueur du code
de la famille”
F.S
Le code de la famille, dont le projet a été présenté
par FDM dans son édition spéciale du mois d’octobre et dont
l’analyse a été faite dans le numéro du mois de novembre
2003, a été publié au Bulletin Officiel le 5 février
2004, après avoir été, lors de son passage au Parlement,
discuté, revu, amendé et complété. Passage au Parlement
qui n’a pas été une simple formalité.
Entre l’annonce du projet et sa publication, les Marocaines et les Marocains
sont restés dans l’expectative. Car, contrairement aux précédentes
lois relatives à la famille, la moudawana de 1957 et la réforme
de 1993, le projet devait passer par le cheminement législatif ordinaire.
Dans son discours historique du 10 octobre 2003, Sa Majesté a jugé
“nécessaire et judicieux que le Parlement soit saisi, pour la première
fois, du projet du Code de la Famille”. Il était attendu des parlementaires
“d'être à la hauteur de cette responsabilité historique”
a souligné le discours Royal. Mais afin de dépassionner le débat
au Parlement les directives Royales étaient sans ambiguïté
“Ces dispositions ne doivent pas être perçues comme des textes
parfaits, ni appréhendées avec fanatisme. Il s'agit plutôt
de les aborder avec réalisme et perspicacité, dès lors qu'elles
sont issues d'un effort d'Ijtihad valable pour le Maroc d'aujourd'hui, ouvert
au progrès que Nous poursuivons avec sagesse, de manière progressive,
mais résolue.
En Notre qualité d'Amir Al Mouminine, Nous jugerons votre travail en la
matière, en Nous fondant sur ces prescriptions divines : "consulte-les
sur la question" et "si ta décision est prise, tu peux compter
sur l'appui de Dieu"”.
Toutefois, le passage du projet devant le Parlement n’était pas formel.
Les membres de la commission de justice, législation et droits de l’Homme
ont passé au crible tout le texte, même son préambule n’a
pas échappé à un débat qui a débuté
le 17 décembre pour finir le 9 janvier. Les amendements ont été
présentés le 13 janvier et le vote à la commission le 14,
avec pas moins de 32 heures de travail. Le Parlement a voté à l’unanimité
le texte présenté par la commission de justice, législation
et droits de l’Homme le 16 janvier.
Le texte définitif du nouveau code de la famille est présenté
à SM le Roi le 3 février et publié au Bulletin Officiel le
5 du même mois, 119 jours séparent donc l’annonce du code de
la famille et son entrée en vigueur le 6 février 2004.
Seulement, entre la gestation de la nouvelle réforme du code de la famille
et sa naissance le 5 février, il n’y a pas que ces 119 jours. Il
a fallu, à la commission royale chargée de présenter un projet
de réforme au Roi, plus de 30 mois de travail avec la succession de deux
présidents. Une période jugée épuisante par certains
de ses membres qui ont dû lutter à contre-courant pour arracher le
projet dans une conception qui a pu être votée à l’unanimité
par les deux chambres et qui a valu au Maroc la Une dans la presse internationale
à sa sortie au public le 10 octobre 2003.
Mais avant tout ce travail, ce sont des années, voire même des décennies,
de la vie de femmes et d’hommes croyant aux vertus du changement, des militants
et surtout des militantes des droits des femmes et des droits humains, qui sont
passées dans le travail associatif en faveur des droits des femmes et de
la famille. Ils n’ont eu de cesse de démontrer les injustices, les
violences et les inégalités à l’égard des femmes,
l’instabilité ravageuse des liens conjugaux, dont les enfants sont
les premières victimes, que cautionne une moudawana dont les textes ne
correspondent plus à la réalité sociale du Maroc du 21ème
siècle. Il a fallu à la société civile des années,
pour mettre sur pied, présenter et défendre, en vain, l’adoption
du “projet du plan national pour l’intégration de la femme
au développement”. Un plan mort né, qui a coûté
son poste ministériel à son défenseur Mohamed Saïd Saâdi.
Ces actions et ces efforts ont été contrés, dénoncés
par ceux qui, par mauvaise foi ou par calcul politique, les considéraient
élitistes, voire impopulaires (la manifestation du 12 mars 2000 à
Casablanca contre la réforme de la moudawana est un rappel à ceux
qui veulent oublier).
Depuis le vendredi 6 février 2004, les Marocaines et les Marocains peuvent
se marier et divorcer sous le régime du nouveau code de la famille. Une
fois les appréhensions de la nouveauté dépassées,
tous les membres de la famille vont trouver un réel intérêt
dans l’application des textes du nouveau de code de la famille. Car ce code
a fait, à mon sens, du juste milieu sa ligne directrice. Certains pourraient,
certes, le juger pas suffisamment audacieux, mais d’autres le considèrent
franchement révolutionnaire. Entre ces deux tendances il y a une troisième
qui, voyant le verre de thé à moitié plein, savoure le changement
actuel et aspire en un avenir meilleur avec un Roi Souverain qui déclare
devant les représentants de la Nation, être “déterminé
à aller de l'avant dans la mise en œuvre de toutes les réformes,
avec la participation de toutes les forces vives, et en particulier, la jeunesse,
pour ancrer chez elle les valeurs de la citoyenneté positive, et pour qu'elle
contribue à l'édification du Maroc de la démocratie, de la
solidarité et du développement.”