Emotion. Ce vendredi 10 octobre 2003, je faisais partie de la cinquantaine de
femmes, membres de la société civile, des associations féminines
ou des médias, conviées par Mme Zoulikha Nasri, conseiller de SM
le Roi, à Rabat. Nous savions que le sujet serait la réforme de
la moudawana. Mais nous partagions une certaine appréhension vis-à-vis
du contenu de cette réforme. Et si on nous disait qu'il fallait encore
attendre ? Et si on nous annonçait une petite réforme loin de répondre
aux aspirations légitimes des Marocaines ?
Dans la matinée du vendredi, quelques coups de fil à droite et à
gauche montrent que le secret est bien gardé. Personne ne semble savoir
ce qui va se dire.
La surprise arrive en milieu d'après-midi. Pour la première fois
de l'histoire du Maroc, la plus grande partie du discours inaugural de la session
parlementaire est consacrée à un unique projet de loi : la réforme
du code du statut personnel, autrement dit la moudawana. Les paroles du Roi ne
souffrent aucune ambiguïté. J'ai l'impression qu'il martèle
ses mots. Le ton est déterminé. Nous obtenons enfin une réforme
digne de ce nom, même si, sur le divorce, les dispositions proposées
ne traduisent pas suffisamment la notion d'égalité entre les époux.
Au cours de la rencontre avec Mme Nasri, c'est l'euphorie. Ensuite, entre coups
de fil et SMS, la journée ne se terminera qu'aux premières heures
du lendemain. Nous venions de vivre une journée historique.
Commémoration. Spontanément, nombreux sont ceux qui proposent
l'instauration d'une Journée nationale de la femme, chaque année
fêtée le 10 octobre. Vigilance. Les directives royales sont claires, mais les procédures
démocratiques vont prendre quelques semaines ou quelques mois. Le nouveau
texte entrera probablement en vigueur aux alentours du mois de janvier, après
son passage par le parlement.
Mais que se passera-t-il au parlement ? De nombreux points concernant l'application
de la réforme seront précisés. Attention, il ne faudrait
pas que des députés, de bonne ou de mauvaise foi, introduisent
des changements qui vont à l'encontre des directives royales. Par contre,
et pour les mêmes raisons, tous les amendements qui pourraient faire coller
davantage le texte au discours royal sont les bienvenus. Un gagnant, le Maroc. Il y a eu beaucoup de débats autour de la condition
de la femme et, parfois, des secousses. Mais la démocratie n'est pas
seulement un cadre juridique. C'est surtout une pratique. Tout ce qui vient
de se passer renforce la pratique démocratique. Le Roi a exercé
ses prérogatives, mais le Parlement est appelé à se prononcer.
Le grand vainqueur de tout cela, ce sont toutes les femmes du Maroc et, évidemment,
le Maroc tout entier.